Quelques éléments biographiques d’Aristide Najean

Biographie succincte d’Aristide Najean

Aristide Najean est né le 4 Juillet 1959.           

Il peint dès son enfance, sur tous types de support et avec toutes matières.

Dès 17 ans, il travaille comme dessinateur dans une agence de publicité à Poitiers (France).

Puis, un an plus tard, dans l’atelier de gravure (taille douce) chez Maurice Felt à Paris où il rencontre les artistes de la Galerie Maeght Clavé, Adami, Garache…

Autodidacte, il apprend les règles architectoniques. A 19 ans, il étudie l’anatomie artistique à Munich et à 20 ans, la technique de la fresque, les pigmentations et les couleurs à Florence.

A 23 ans, il revient dans l’atelier de Maurice Felt et poursuit des recherches picturales sur des sujets tels les chevaux, les décors de théâtre, la ville, l’alcool, le jeu, la mythologie et la tauromachie à laquelle il est initié par un matador.

En 1986, il découvre le verre de Murano. Mario Badioli, Maître verrier, l’accueille dans son atelier où il y développera ses recherches verrières. Il trouve dans cette activité sculpturale la prolongation de son travail pictural; le verre en devenant une expression évidente.

En 1995, il crée une société d’édition d’art à laquelle il se consacre pendant cinq ans, afin de promouvoir le verre et la sculpture dans l’environnement quotidien.

Et de reprendre le pinceau en 2000, pour aborder des thèmes christiques.

En 2003, d’étaler Venise sur sa palette.

Et à partir de 2005, dépassant la tradition vénitienne, de se consacrer à la réalisation de luminaires.

Au printemps 2008, il rencontre Starck à Murano. Les deux hommes ont en commun de nombreuses références artistiques, des images évocatrices, une riche sensibilité, une vive créativité. Sous l’instigation de Starck, Najean réalise avec bonheur de nombreux projets.

 

Biographie narrative d’Aristide Najean par Sylvie !

Aristide Najean aurait pu être un artiste parisien installé à Murano, mais depuis plus de 25 ans, il est avant tout un artiste Muranese lequel, comme tous les habitants de l’île, appartient à la vie du verre; le cœur même qui bat à Murano.

Reste à savoir par quel hasard, cet enfant de Lorraine et de Poitevin, y débarqua…

Fils et petit fils de militaires, Aristide est né le 4 Juillet 1959 à Alger pendant la guerre, alors que sa mère, Andrée, est appelée au chevet de son mari, Jean - Marie, gravement blessé par une mine. Il eut préféré naître tranquillement dans le berceau familial plutôt qu’en Algérie sous une chaleur de poudre. Par la force des choses, la vie militaire cesse et la famille s’installe à Poitiers. La maison y est gaie, faite de bonheurs simples, emplie d’objets en cristal transparent et coloré… Jeune fille, Andrée, travaillait à la cristallerie lorraine de Vannes-le-Châtel ; elle en a gardé des papillons arrêtés dans leur vol, des poissons aux nageoires d’éventail, des corbeilles printanières, des transparences de rêve attisant l’imaginaire. Fasciné, Aristide fait siens ses objets et trouve tout naturel de jouer avec eux. Un jour, le gros poisson multicolore, lui échappant des mains se fracasse… Penaud, il bredouille « ne sois pas triste Maman, je t’en referai un ». Promesse…  A cette époque, il n’a idée des fours qui ronronnent jour et nuit, au bord de l’eau, quelque part, en Italie. 

Il est un enfant vivant, curieux, facétieux, qui aime les matières et dont le temps est déjà précieux. Sa mère l’autorise à déroger du déjeuner familial et pique niquer dans le jardin, lui permettant de faire ses plantations, ses mélanges de terre et de boue, de glaise et de sable, ses sculptures minérales que le vent et la pluie peaufinent.

La discipline paternelle aurait pu être contraignante; mais ensemble, père et fils partagent la pêche, les promenades à l’aube débusquant le petit gibier, les chevaux, les marchés villageois, de riches partages, déjà des histoires d’hommes.

Et puis l’enfance bascule par un beau dimanche, alors qu’Aristide est âgé de 9 ans. La voiture dérape sur la route verglacée ; toute la famille se retrouve à l’hôpital, son père n’en sortira pas. Andrée veuve et mère de trois enfants, retrousse ses manches, devient contremaître chez Michelin à Poitiers. Plus que jamais, Aristide continue ses crayonnages, ses mélanges de peinture. Mai 68 tel le vent du large, insuffle un nouvel esprit, sème ses graines de liberté. L’air du temps et ses goûts l’invitent adolescent à lire des auteurs philosophiques, Socrate, Platon, Deleuze, Bataille, Foucauld, à suivre les Séminaires de Lacan à Vincennes. Sûrement, que sa mère fut dépassée par son sens des expériences…

Il mène sa scolarité à sa manière; y puisant les éléments qui l’élaborent et prend son autonomie, dès 17 ans, comme dessinateur dans une agence de publicité ; on y encourage son talent. Un an plus tard, dans l’atelier de gravure (taille douce) de Maurice Felt, rue Saint Sauveur à Paris, il côtoie les artistes de la Galerie Maeght : Clavé, Adami, Garache… Il  aime ce Paris, où existent encore des ateliers d’artisans, d’ébénistes, de menuisiers et où la tarte polonaise de Bourdaloue est irrésistible.

Parallèlement et de manière autodidacte, il apprend les règles architectoniques, puis à 19 ans, alors que l’amour d’une belle l’y conduit, l’anatomie artistique à Munich; l’année suivante, la technique de la fresque, les pigmentations et les couleurs à Florence. Le jardin de son enfance s’est agrandit… Bon an, mal an, il vit de sa peinture.

En 1982, il revient dans l’atelier de Maurice Felt, poursuit ses recherches sur des sujets tels les chevaux, les décors de théâtre, la ville, l’alcool, le jeu, la mythologie et la tauromachie à laquelle il est initié par un matador. Troquant le pinceau contre la muleta, il retient de l’atmosphère des corridas, l’éclat de l’habit de lumière, la tradition aux senteurs basques et le folklore aux couleurs vives.

On lui propose un jour, dans la légèreté d’un dîner parisien de venir découvrir le verre de Murano. L’invitation n’est pas anodine; il sera au rendez-vous.

Il y trouve une vie faite de feu, d’eau et l’aborde avec l’enthousiasme, la fascination qu’on lui connait. D’abord par la peinture. Et de croquer les paysages du fil de l’eau, les maisons multicolores reflétées dans les canaux et le travail du verre dans les ateliers. Ce travail que l’on entame dans l’aube fraîche avant que le soleil ne l’embrase. Et de boire ces nouvelles couleurs rougies par le feu. Oui… chaudes, elles sont autres. Il y a une part alchimique dans l’échauffement des couleurs, tout en étant, elles deviennent autrement qu’elles ne sont. D’une matière et d’une consistance différentes.

Et puis, il y a le quotidien, ici aussi, tout autre; les saveurs italiennes, le bateau que l’on prend comme l’auto, la langue chantante et le verbe toujours haut pour couvrir le perpétuel bruit des fours. La population faite de maestri, operi, fabricants de couleurs, murines, moules en bois et baguettes de verre, de monteurs électriciens, ébénistes, artisans, artistes, marchands. Sans oublier, les pêcheurs, boulangers, maraîchers de Saint Erasme et tous ceux qui pourvoient à la vie quotidienne. Véritable galerie de portraits, tout un monde sans lequel, le verre ne peut se faire et Murano ne saurait être Murano, où tout le manège tourne autour de lui.

En 1986, Mario Badioli, Maître verrier, l’accueille dans son atelier où il développe ses recherches verrières. Najean pressent une expression complémentaire à sa palette, l’une amenant l’autre et réciproquement. Il trouve dans cette activité sculpturale la prolongation de son travail pictural ; le verre en devenant une expression évidente.

Sans « toucher » le verre, il apprend à savoir le faire. A le tirer, l’allonger, le souffler, allier les couleurs, capter la lumière, faire surgir l’éclat des ateliers centenaires, qui ont traversé les siècles en des gestes identiques, en des secrets jalousement gardés de famille en famille, d’atelier en atelier. Certes les fours ne sont plus alimentés par le bois, mais le verre s’y travaille toujours comme autrefois. Selon l’historique mélange. Avec les mêmes instruments : cannes, tenailles, ciseaux, compas, éponges de liège. A la transparence du cristal, des feuilles d’or, des teintes, se sont ajouté des tons plus soutenus. Aujourd’hui encore, « l’avventurina » approchant l’or, mélange sable, silice, oxydes et «…» est inédite.

Univers presque clos à la mentalité insulaire ; circonscrite, fermée, l’île enferme ses habitants et ce savoir-faire dont les créations sont internationalement connues.

Souhaitant partager ce qui lui a été donné, comme s’il rêvait d’apporter un poisson multicolore dans chaque famille, Najean crée en 1995 une société d’édition d’art à laquelle il se consacre pendant cinq ans, afin de promouvoir le verre et la sculpture dans l’environnement quotidien.

Et de reprendre le pinceau.

A l’approche de l’an 2000, ses études le mènent vers une thématique christique qu’il aborde le regard libre, à travers les périodes romane et moyenâgeuse, ainsi que celle de la Renaissance.

En 2003, Venise s’étale sur sa palette.

A partir de 2005, dépassant la tradition vénitienne, il se consacre à la réalisation de luminaires. Toléré, accepté, fondu aux usages de l’île, fort de la richesse de cet héritage, il fréquente de nombreux ateliers, retient de chacun le meilleur pour effectuer à son tour, au-delà du point de fusion, ses recherches ; élaborant de nouvelles formes, tirant ses propres éclats de lumière, ses têtes de dragon, de cerfs, ses hippocampes, licornes, chats, ses envols d’oiseaux, de martins-pêcheurs, d’hirondelles, ses fruits gourmands surgis du verger, ses nuages immobilisés; compositions insolites démultipliées par sa palette – tout un Carnaval ! L’amour de cette vie au bord de l’eau faisant le reste. 

 

Au printemps 2008, il rencontre Starck à Murano, les deux hommes ont en commun de nombreuses références artistiques, des images évocatrices, une riche sensibilité, une vive créativité. Sous l’instigation de Starck, Najean réalise avec bonheur de nombreux projets. De surcroît, tous deux savent qu’à Murano le verre coule de source et qu’à une encablure, Venise est au centre du monde…

 

Sylvie Plassnig – 08. 06. 2009

 

 

La capture réciproque par Pier Alvise Zorzi

Comment Aristide Najean a-t-il fait pour capturer Venise ou plutôt comment Venise a-t-elle fait pour le capturer ? Je vais vous le raconter.

Il était une fois un bon artiste français… qui a longtemps navigué au milieu de toutes sortes d’émotions et de personnages, s’est confronté à des tempêtes démoniaques, des tourbillons impressionnants et des monstres sacrés qu’il a dévorés au lieu d’être dévoré par eux. A la fin, il aborda à Murano. Et de l’autre côté de la Lagune, la Sérénissime le vit jouer avec le verre, captant et tordant la lumière. Venise se souvint alors qu’elle était la Dominante et fut jalouse de cet homme qui prenait au piège dans le verre, l’eau de la Lagune, la transformant en formes et musique visuelle. Elle voulut le capturer et l’appâta avec un prisme.


Aristide l’avala de toute son âme et fut entraîné jusqu’à la rive. Alors que la Dominante le souleva hors de l’eau et le déposa sur Fondamente Nove, Aristide tenait dans son poing serré le prisme coloré. Ainsi, tandis que la ligne invisible, mais ferme de la Dominante le traîna de ruelle en quai et en canal, Aristide regarda chaque chose à travers le cristal multicolore qui décomposait les lumières de Venise, la montrant sans son masque habituel sous toutes ses facettes et dans toute sa vérité.

Venise de plomb, effrayante tel Palazzo Ducale sotto il temporale d’estate, presqu’une répétition générale de l’Apocapypse. Venise confuse et éblouie comme lorsqu’on rentre à la maison à l’aube dans L’apertura sul rio. Déserte, à l’heure magique de la solitude absolue comme dans Lo spirito del canale. Immobile et désolante dans le Canal Grande sotto la pioggia. Sortie de la Renaissance et métropolitaine telle qu’épinglée dans Venezia Metropole. Hérissée de piques comme un bois aquatique dans Paline sul Canal Grande.

Venise aurait toujours retenu Aristide auprès d’elle. Mais lorsqu’encore entraîné par la magie de la Dominante, il tourna son regard vers la Lagune, alors s’ajouta à sa vision à travers le prisme, la langueur de l’éloignement. Aussitôt ses yeux s’embrouillèrent et se liquéfièrent jusqu’à la confusion, comme lorsqu’on regarde trop longtemps la mer. Venise eut pitié de lui et lui permit de retourner à Murano à condition qu’il lui laissa sa peinture. C’est ainsi qu’aujourd’hui nous avons la possibilité de découvrir cette peinture, vivante, vive, aquatique, décomposant toutes ces lumières qui font de chaque jour, et parfois de chaque heure, une ville différente. Non simplement la Venise d’Aristide Najean, mais quelque chose d’infiniment plus complexe pour un artiste, Venise et rien d’autre.

J’ai vu cette exposition en avant première, un soir d’été caniculaire, sous un ciel parisien qui ne se décidait pas à obscurcir les fenêtres de son atelier. A la fin d’un excellent dîner laissant peu de reliefs, Aristide se leva de table et commença à fouiller parmi les toiles pour en extraire Venise. Et puis encore Venise, toujours Venise et seulement Venise. Il me demanda ce que j’en pensais et soudain, je n’entendis plus rien, trop absorbé à écouter résonner dans les ruelles les pas dont l’écho si particulier n’existe nulle part ailleurs. Trop absorbé à retrouver l’odeur saumâtre des canaux et celle de la nourriture, les chats courant entre les poubelles, le contraste de la pierre et du bois. J’étais retourné chez moi.


In catalogue d’exposition
« Venezia e la luce » Par la Galleria Vetro e Arte 
2004 V& A s.n.c. in Venezia